La vie érotique d’une traductrice

La traduction de la littérature est extrêmement difficile, elle exige énormément de travail et une connaissance très profonde des deux langues… C’est ce qu’on dit souvent. Je n’ai pas trop d’expérience dans le domaine de la traduction littéraire, je n’ai pas traduit beaucoup de bouquins, à peine une dizaine (dont le dernier roman de Michel Houellebecq), mais ma vision de ce métier est légèrement différente.

Dans mon cas (je n’ose pas me prononcer pour les autres), la traduction commence par la violence, voire le viol. Rassurez-vous : un viol intellectuel. Lorsque je me mets à traduire un texte littéraire, je me sens violée par son auteur qui impose sa personnalité à la mienne, qui me fout à la gueule sa vision du monde, sa façon de le percevoir et de le décrire. Moi-même, je n’aurais jamais écrit CE qu’il a écrit, et je ne l’aurais jamais écrit de la FAÇON dont il l’a écrit, n’est-ce pas ? Pour le traduire en polonais, je dois céder à un acte de violence de sa part ou, en faisant référence au titre du dernier livre que j’ai traduit, ME SOUMETTRE.

La situation paraît un peu délicate. Pourtant, il y a une chose qui me la facilite drôlement. Un jour, quelqu’un m’a donné un conseil, légèrement équivoque : « Si un type tente de te violer, essaye au moins d’y trouver du plaisir ». J’ai décidé de suivre ce conseil, du moins dans le cas des traductions. Lui, l’auteur du livre, me viole, et moi, j’y trouve du plaisir. Dans certains cas, comme avec Michel Houellebecq, j’y prends carrément mon pied !

Un autre élément qui me facilite encore plus la tâche, c’est que je suis une personne quasiment illettrée. Je lis peu. Et, même si je lis un bouquin, je l’oublie à une vitesse fulgurante. Résultat : aucun autre auteur n’essaye de combattre celui que je suis en train de traduire, n’essaye d’imposer sa vision du monde, son style, sa personnalité. Il n’y a que l’auteur que je traduis et moi. Lui, il me viole, moi, je me soumets. J’écris en polonais ce qu’il a écrit en français. Une sorte d’écriture automatique. De préférence, sans savoir comment notre acte sexuel va se terminer, c’est-à-dire, sans avoir lu le livre. Eh oui, vous avez bien compris, je préfère toujours ne pas avoir lu le bouquin avant de me mettre au travail. Ne pas avoir lu le paragraphe entier, ni même la phrase, mais tout de suite commencer à la traduire.

Evidemment, il faut avoir une certaine connaissance des deux langues, dont une bonne compréhension de la langue de départ et une très bonne maîtrise de la langue d’arrivée. Accompagnée d’une forte dose de ce que les Allemands appellent Sitzfleisch, c’est-à-dire une capacité de bosser, pendant de longues heures, assis sur le cul, face à son ordinateur. Surtout à l’étape de corriger les âneries qu’on a pu pondre à l’étape érotique. Mais ça, c’est une tout autre histoire.

 

Image credits: Doug88888 / Flickr

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Beata Geppert

Beata Geppert

Beata Geppert est traductrice-interprète du français vers le polonais et vice versa. Elle habite à Varsovie où elle a fait ses études et habité presque toute sa vie. A côté de son travail, elle aime les animaux et le sport. Liste de ses traductions littéraires :
1983 Astolphe marquis de Custine, Lettres de Russie, sous le pseudonyme Katarzyna Czermińska, éd. Aneks (Londres)

1989 – prix de la meilleure première traduction, décerné par la revue Literatura na Świecie

2004 Colette Lovinger-Richard, Crimes de sang à Marat-sur-Oise, éd. Prószyński

2010 Jean-Marie Gustave Le Clézio, Révolutions, éd. WAB

2011 Michel Houellebecq, La carte et le territoire, éd. WAB

2011 Colette, Dialogues de bêtes, éd. WAB

2012 Philippe Pozzo di Borgo, Second souffle, éd. WAB

2014 Antoine Volodine, Songes de Mevlido, éd. Draft Publishing

2015 Jean-Paul Didierlaurent, Le liseur du 06h27, éd. WAB, actuellement GW Foksal

2015 Michel Houellebecq, Soumission, éd. WAB, actuellement GW Foksal

Plus une quinzaine de pièces de théâtre, mises en scène par le théâtre Scena Prezentacje de Varsovie.

Sans oublier les traductions techniques, commerciales, etc., ainsi que l’interprétariat consécutif et simultané (Beata adore l’interprétariat simultané presque autant que les traductions littéraires. Apparemment, l’adrénaline c’est son truc…).

7 CommentsLeave a comment

  • Wtf?! « Si un type tente de te violer, essaye au moins d’y trouver du plaisir »
    Tell that to rape victims, to enjoy themselves! What a rubbish post.

  • Associer érotisme et viol, viol et traduction, c’est vraiment d’un goût douteux. Non, ce n’est pas d’un goût douteux, d’ailleurs, c’est carrément dégueulasse. Je préfère oublier ce que j’ai lu. 🙁

  • Une bien bizarre conception de la traduction littéraire que voilà. Ne laissez personne vous ” violer “, ne vous ” soumettez ” pas. Lisez les grands théoriciens de la traduction. Changez d’auteurs. Changez de métier ? Vous vous faites du mal pour rien.

  • Imbécile ou pas imbécile, au moins je suis capable de me marrer. Aussi bien en traduisant des bouquins qu’en lisant vos commentaires. C’est triste à quel point les gens manquent de l’humour…

  • Oui, traduire peut être une expérience érotique. Et plutôt que de vous soumettre et se “subir”, vous choisissez d’assumer librement le plaisir. La violence n’est plus imposée.

    Article intéressant.

    • Il me semble, Niark, que vous vous méprenez lorsque vous écrivez ” plutôt que de vous soumettre ” et ” La violence n’est plus imposée “.

      Relisez les propos de la traductrice :

      « je me sens VIOLEE par son auteur qui IMPOSE sa personnalité à la mienne, qui ME FOUT A LA GUEULE sa vision du monde »
      « je dois CEDER à un ACTE DE VIOLENCE de sa part ou ME SOUMETTRE. »
      « Je me SOUMETS »

      Et la traductrice qui essaie de faire passer cela pour de l’humour ?! Pas sûr que les auteurs qu’elle traduit soient ravis ou pliés de rire en découvrant dans quel état d’esprit elle traduit leurs textes…

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